Lè Paoue don pêre Benouè

Paysan lorrainDans l’vieux temps i n’y éveu au vlège de F….., treu manres droules que n’ tréveilli ouà, que n’ veuqui que d’ vol et vaugandi pertot. Eune foué l’on conv’nis enteur zous que pendant lè même nutaye i vris volé lo p’hhé don mâre et les pouères don curé.

D’vâ meynut, lo pu herdi s’è ennalé don coté d’cheu l’ mâre, pendant qu’ les douss auts’ sont hhoïé pè l’atrèye dans l’ jedi don curé. Comm’ i sauti l’ muchh, le père Benouè, sacristain d’ lè pérouèsse, qu’ateu reulvè dans se cochelle, è cause d’ sè vêche que v’ neu d’ fare vè; lè ouïe i bru comme i crâquement d’ branches. Benouè épovanté prend lè campouse et corre cheu l’ prêtre.

Curé– Mossieu l’ curé, e-t-i dit, tot ehhoffié, les diâles sont dans l’atrèye, j’ les a vu sauté dans vat jédi, i sont tot neur, ah ! i mon fa ben paoue.
– Ah ! les manres droules, comme j’ les éreu fa sauvé sans m’rumatique que mè r’veni éhheui et que m’ fa ben soffri.
– Mossieu l’ curé, si veu v’leu, j’ v’ emptra su m’ doou ?
– Té ma foué râhhon, Benouè, vé-t’en au moti et époute mo sorplis, mo bonnât carret et l’espergesse.

Quand lo père Benouè e étu, r’veni lé âdiè l’ prêtre è s’èpratè, i lè chergè su s’ doou et val envaye po l’atreye.

Poires– Vouèyeu, Mossieu l’ curé, les val su vat pouèri.
– N’aye mè paoue, Benouè, et n’mo lehh-mè cheur, en dehhan eune prière, j’ va les fare sauvé vit’ment :
– Aleu-v’z’en mâlin demon : Vade retro Satanas, ab insidiis diaboli libera nos Domine !

Les volous qu’ouïe paleu et que ouèyi dans lè nut in home que p’teu âque su s’doou on cru qu’ ç’ateu zout compégnon que r’epteu lo phhé don mâre et i li ont d’mandé :

Cochon– A-ti- grâ ?

En ouyan çlé, mo père Benouè, è mointiè mou d’épovante è j’té lo curé e terre en houyant :

– Grâ ou maigue, lo val !… e i sè sauvè lehhian lo curé ben emberressé.

Source : LE PAYS LORRAIN – Revue régionale mensuelle illustrée – Quatrième année – 1907 – Fiauves don temps pessé

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La Peur du père Benoît

Il y avait dans l’ancien temps, au village de F…, trois mauvais drôles qui travaillaient rarement, ne vivant que de rapines et vagabondaient partout. Une fois, ils convinrent entre eux que pendant la même nuit ils iraient voler le cochon du maire et les poires du curé. Vers minuit, le plus hardi s’en alla vers la demeure du maire, pendant que les deux autres se glissent par le cimetière dans le jardin du curé. Comme ils escaladaient le mur, le père Benoît, sacristain de la paroisse, qui se trouvait dans la cour de sa maison, à cause de sa vache qui venait de véler, entendit un bruit comme un craquement de branches.
Benoît, épouvanté, pris la poudre d’escampette et alla chez le curé.
– Monsieur le curé, lui dit-il tout essoufflé, les diables sont dans le cimetière, je les ai vus sauter dans votre jardin, ils sont tout noirs et m’ont fait bien peur.
-Ah ! les mauvais drôles, comme je les aurais fait sauver, si je n’avais pas mes rhumatismes qui me font tant souffrir.
– Monsieur le curé, si vous voulez, je vous porterai sur mon dos ?
– Tu as, ma foi raison, Benoît, vas-t’en à l’église et apporte-moi mon surplis, mon bonnet carré et l’aspersoir.
Quand le père Benoît fut de retour, il aida le curé à se vêtir, le chargea sur son dos et les voilà partis pour le cimetière.
– Regardez, Monsieur le curé, les voilà sur votre poirier.
– N’aie pas peur, Benoît, et surtout ne me laisse pas tomber, avec une bonne prière je vais les mettre en fuite :
– Allez-vous en malins démons : Vade retro Satanas, ab insidiis diaboli libera nos Domine.
Les voleurs qui entendaient parler et qui voyaient dans la nuit un homme qui portait quelque chose sur son dos, crurent que c’était leur compagnon qui revenait avec le cochon du maire, ils lui demandèrent :
– Est-il gras ?
En entendant ces paroles, le père Benoît, à moitié mort d’épouvante, jeta le curé par terre en criant :
– Gras ou maigre, le voilà !… et il se sauva laissant le curé bien embarrassé.

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