Fiauve do roje pouchhé

Lè fiauve-là, a pu tôt enne chanso qu’éraut nouante nûf côplets et qu’a pu réhachi nouante-nûf fous sua n’avou co lé fi. Vaci lis premés côplets; quand vos lis sérôs, vos lis knachherôs tortus :

Lo roje pouchhé
Menait pa lè pette
Lo Véo Chaichhé ;
Loquèl ir lè bête ?
Je lo sais bïn cèle :
Lo roje pouchhé !
Lo Véo Chaichhé.
Menait pa lè pette
Lo roje pochhé ;
Loquèl ir lè bêle ?
Je lo sais bïn cèle :
Lo véo Chaichhé !
Lo roje . . . .

Repeurnis l’éléïc, n’allez au bout et réhachis nesqué perpette : valà lé fiauve.

Mailenant si vos sôz curieux de knachhe l’éventure è lèquelle elle se répoute, vaci l’histoire résochhelâie valeusse que valeusse.
In paroissïn de Wèchire avout l’étademat si spa qu’a lo heuchit lo Véo Chaichhé (Chaichhé c’ir so père, lo véo c’ir le).
C’ir aussi do ta que lo Fin Volent n’è féit dis sïnnes. Ce feut do echtot l’aute-ci, enne neutie, que voleut lo pouchhé do Véo.

Au leu de pessèr so ta è se lamentèr ou de reqwèr, çu que revenit au même que pide sis pones, il feut è lè foure è Fraize po èchtèr ïn aute rémeneut.
Il troveut do cô çu qu’il li fait; mais lo pouchhé ïr roje ! Comme il ne knachhit mi svette airie et que ça lo tasticotait, lo souré li remotreut que lè bête là venit de lan, d’ïn leu où qu’a retie do slo et qu’il feraut bïn de se haitèr de lo pare pasque lot lo monde vlait l’avou. Mo Véo se laichheut do tentèr et payeut lo pouchhé roje ïn haut pré.
Lis valà poitis, lo Véo menant lo cachât. Mais enne fous au Senche, lo pouchhé ot l’air de knachhe si bïn lo chemi que c’ir le que menait, lo Véo. Ce feut tant meux po l’aute-ci : il féit jà neut el lè pioue rouchhit si duch qu’il n’érot mi manquèr de se pide.

— Ah ! te vala lot de même, que deheut Maguite è lis oïant veni. Te t’es co rémusè, bougre de soulo !
— Ma fou nian, mais j’ai tro bïn tasticotè évo lo marchand. Jo compte que j’ai sévu choisi et que te serais contente, Epoute lè lantine!
— Mais c’a lo pouchhé qu’a nos é pris que te nos rémeunes. Te vous bïn qu’il rekenat lè mauho pusqu’il è jà retrovè sè rang.
— C’a è fouchhe qu’il a éblant; ce n’a mi ïn pouchhé comme ïn aute pusqu’il a roje.
— Il a roje! mais spie lo do! A l’è tinté po le lo vade. Mait’nan qu’il è piouï desus, il a pus bianc que ti que ne te lèves que quand te chès au chhweu. Te ne vous do mi (que c’a lo note, bougre de Véo ?

Ce ne feut mi fait pa tolà. Evo svelte éwie è sè crape, Maguite ôt wade de s’éréter. Et so pore Véo bïn bon lu n’osait mi pipèr.
Enfi, toi bâllemat, lis pèces se reboteunnent au sech. Mais, pa malheur, valà que lis jos d’éprès a vole de nové lo pouchhé.

Au leu de pessèr so ta . . . .

(Repenrnis tolà l’histwère que je vins de vos contèr, n allèz nesquè lè fi et réhachhis-lè tant que vos érôs dè mouïatte. Seulemat, pa piti po lo Véo, que ne se créit mi si bête, chinjis chèque fou le couleur do pouchhé)

TRADUCTION

Fiauve du rouge cochon

Cette fiauve-là est plutôt une chanson qui aurait nonante-neuf couplets et qu’on peut recommencer nonante-neuf fois sans en avoir encore la fin. Voici les premiers couplets ; quand vous les saurez, vous les connaîtrez tous.

Le rouge cochon
Menait par la patte
Le Veau de Chaichhé ;
Quel était la bête ?
Je le sais bien certes :
Le rouge cochon !
Le Veau de Chaichhé
Menait par la patte
Le rouge cochon ;
Quel était la bête ?
Je le sais bien certes :
Le Veau de Chaichhé !
Le rouge….

Reprenez l’antienne, allez jusqu’au bout et recommencez jusqu’à perpette : voilà la fiauve.

Maintenant si vous êtes curieux de connaître l’aventure à laquelle elle se rapporte, voici l’histoire reconstituée vaille, que vaille.
Un paroissien de Venchères avait l’entendement si épais qu’on l’appelait le Veau Chaichhé. (Chaichhé c’était son père, le veau c’était lui.)
C’était aussi du temps que le Fin Voleur en faisait des siennes. Ce fut donc peut-être celui-ci qui, une nuit, vola le cochon du Veau.

Au lieu de passer son temps à se lamenter ou de rechercher, ce qui revenait au même que perdre ses peines, il s’en fut à la foire à Fraize pour acheter un autre porcelet.
Il trouva du coup ce qu’il lui fallait, mais le cochon était rouge ! Comme il ne connaissait pas pareille race et que cela le tracassait, le marchand (de porcs) lui remontra que la bête-là venait de loin, d’un lieu où l’on rôtissait du soleil et qu’il ferait bien de se hâter de le prendre parce que tout le monde voulait l’avoir. Mon Veau se laissa donc tenter et paya le cochon rouge un haut prix.
Les voilà partis, le Veau menant le cochonnet. Mais une fois au Souche, le cochon eut l’air de reconnaître si bien le chemin que c’était lui qui menait le Veau. Ce fut tant mieux pour celui-ci : il faisait déjà nuit et la pluie tombait si fort qu’il n’aurait pas manqué de se perdre.

— Ah ! Te voilà tout de même, dit Maguite en les entendant venir. Tu t’es encore amusé, bougre de soulon !
— Ma foi non ; mais j’ai beaucoup discuté avec le marchand. Je compte que j’ai su choisir et que tu seras contente. Apporte la lanterne !
— Mais c’est le cochon qu’on nous a pris que tu nous ramènes. Tu vois bien qu’il reconnaît la maison puisqu’il a déjà retrouvé son réduit.
— C’est tellement il est intelligent ; ce n’est pas un cochon comme un autre puisqu’il est rouge.
— Il est rouge ! Mais regarde-le donc ! On l’a teint pour te le vendre. Maintenant qu’il a plu dessus, il est plus blanc que toi qui ne te laves que quand tu tombes à la rigole. Tu ne vois donc pas que c’est le nôtre, bougre de Veau !

Ce ne fut pas fini par là. Avec pareille ration à sa crèche, Maguite eut garde de s’arrêter. Et son pauvre Veau bien honteux n’osait pas piper.
Enfin, lentement les pièces se remirent au sac. Mais, par malheur, voilà que les jours d’après on vole de nouveau le cochon.

Au lieu de passer son temps ….

(Reprenez à cet endroit l’histoire que je viens de vous conter, allez jusqu’à la fin et recommencez-la tant que vous aurez de la salive. Seulement, par pitié pour le Veau, qui ne se croyait pas si bête, changez chaque fois la couleur du cochon.)

Extrait du livre de Eugène MATHIS, lauréat de l’Académie Stanislas, lauréat de la Société Erckmann-Chatrian, lauréat de l’Académie Française : Fiauves et Contes du Pays Vosgien – René FLEURENT, Éditeur. FRAIZE – 1926
et un grand merci à Claude VANONY, le plus célèbre des Vosgiens, pour l’emprunt de sa photo.

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