Le diamant du Téméraire

Quand la Flandre, sous la maison de Bourgogne, était le bazar de l’univers et le centre du commerce, on voyait à Gand et à Bruges beaucoup de diamants. Philippe le Bon, qui tenait sa cour dans cette dernière ville, en faisait estime, et Charles, son fils, comte de Charolais, en qui on devinait déjà Charles le Téméraire, bien qu’il fût peu damoiseau, aimait pourtant les diamants, ces joyaux que la vanité étala toujours avec complaisance, et que les savants du jour relèguent dans la classe des charbons.

Charles honorait surtout de sa prédilection un gros diamant dont le nom est devenu célèbre, et qui est une des raretés de ce genre; mais il était sans forme, et les feux qu’il contenait brillaient à peine, sans que personne pût les forcer à jaillir, puisqu’on ne taillait pas encore le diamant.

L’impatient prince fit faire mille essais, lesquels restaient infructueux, lorsqu’un jeune homme de Bruges, qui se nommait Louis de Berquen, découvrit cet art difficile qui a rendu le diamant si magnifique. On place cette importante découverte vers la fin de l’année 1470.

Ayant éprouvé que deux diamants s’entamaient si on les frottait fortement l’un contre l’autre, Louis de Berquen prit deux diamants, les monta de manière à les maintenir, les égrisa avec succès et ramassa soigneusement la poudre qui en tomba. Ensuite, à l’aide de petites roues de fer qu’il imagina, il parvint, au moyen de cette poudre, à polir parfaitement les diamants et à les tailler de la manière qu’il jugeait la plus convenable.

Enchanté de son succès, Louis de Berquen se hâta d’en faire part à Charles, qui alors était à Bruges. Charles fut ravi. Mais rien n’égala jamais sa joie quand Louis de Berquen lui eu taillé son gros diamant, qui, éblouissant de lumières, jetait des feux la nuit et lui pouvait servir, disait-il, de lampe de sommeil. Aussi il donna à l’heureux joaillier une récompense de trois mille ducats.

Cette curieuse invention, dont Berquen garda longtemps le secret, décupla bientôt sa fortune, et Charles, toujours amoureux de son joyau, ne se sépara plus du premier diamant taillé, dont les aventures n’étaient qu’à leur début.

Car le Téméraire ayant été tué à Nancy en janvier 1477, un soldat, sur le champ de bataille, trouva le diamant à côté du cadavre du Prince. Il le ramassa à cause de son éclat, mais sans en connaître la valeur, puisqu’il le céda pour un écu à un bon curé, sans doute aussi ignorant que lui. Un marchand l’acheta trois ducats et le vendit au duc de Florence. Des mains de ce prince il passa au roi de Portugal don Antonio, lequel, réfugié en France, fut obligé de s’en défaire. Un des fidèles serviteurs de Henri IV, Nicolas de Harlay, sieur de Sancy, le paya soixante-dix mille francs. C’est depuis cette époque que le premier diamant taillé s’est toujours appelé le Sancy.

Source : LÉGENDES DES ORIGINES par J. Collin de Plancy – 4ème édition – 1864

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